Le deuxième bébé américain né de la transplantation d’utérus d’un donneur décédé

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Les chercheurs de Penn Medicine à Philadelphie ont déclaré que cette procédure pourrait ouvrir une nouvelle voie vers la parentalité pour les femmes souffrant d’infertilité due à des facteurs utérins.

C’était le cas de Jennifer Gobrecht qui lorsqu’elle avait 17 ans, a su des médecins qu’elle ne pourrait sans doute jamais porter son propre enfant.

Une femme sans utérus mais avec des ovaires donne naissance à un bébé

Mais jeudi 9 janvier 2020, des chercheurs de Penn Medicine à Philadelphie ont annoncé que Mme Gobrecht avait accouché en novembre d’un fils par césarienne, le deuxième bébé aux États-Unis à naître grâce à un utérus transplanté d’un donneur décédé.

“Nous avons eu beaucoup de chance”, a déclaré Mme Gobrecht.

Mme Gobrecht, qui a maintenant 33 ans, est née avec une maladie congénitale appelée syndrome Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser, ce qui signifie qu’elle est née avec des ovaires, mais sans utérus.

En 2017, elle et son mari étudiaient la possibilité de faire appel à une mère porteuse à parttir d’embryons congelés. Mais c’était avant que Mme Gobrecht soit sélectionnée pour être la première patiente d’un essai à Penn Medicine qui souhaite aider cinq femmes à pouvoir mettre au monde leurs propres enfants.

La transplantation utérine, comme on appelle le processus, est une découverte relativement nouvelle dans la médecine qui doit permettre aux femmes non fertiles de pouvoir avoir des enfants. Les médecins pensent que cette méthode pourrait aider les femmes qui souffrent d’une d’une infertilité du facteur utérin. L’infertilité utérine concerne les femmes nées sans utérus, ou celles à qui on leurs a retiré ou encore celles ayant subi des lésions utérines. Selon Penn Medicine, environ 5 % des femmes en âge de procréer dans le monde sont touchées par cette anomalie.

Pour les femmes souffrant d’infertilité due à des facteurs utérins, la transplantation d’utérus est potentiellement une nouvelle voie vers la parentalité – en dehors de l’adoption et de l’utilisation d’une porteuse gestationnelle – et c’est la seule option qui permet à ces femmes de porter et de mettre au monde leurs bébés , a déclaré le Dr Kathleen O’Neill, professeur adjoint d’obstétrique et de gynécologie à la Perelman School of Medicine de l’Université de Pennsylvanie et participant à l’essai.

Il y a eu environ 70 transplantations de ce type dans le monde. Mais la plupart des programmes se sont concentrés sur les donneurs vivants, ont déclaré les chercheurs de Penn. (Dans certains cas, le donneur était la mère du receveur.) Aux États-Unis, il y a eu six cas de donneurs vivants.

En 2017, la première femme connue au monde à avoir reçu un utérus d’un donneur décédé a donné naissance à une fille de six livres ou 2,70 kilos au Brésil. Ce n’est que l’été dernier que la Cleveland Clinic a annoncé qu’une petite fille était née après une transplantation d’utérus d’un donneur décédé, la première naissance de ce genre aux États-Unis.

Le Dr Paige Porrett, professeur adjoint de chirurgie de transplantation à l’hôpital de l’université de Pennsylvanie et l’un des co-directeurs de l’étude, déclare que le principal avantage du recours à un donneur décédé est que les médecins peuvent prélever une plus grande partie des vaisseaux sanguins attachés à l’organe.

Quels risques du don d’utérus et quel avenir pour la transplantation par des donneurs décédés ?

Le recours à des donneurs décédés élimine également les risques chirurgicaux inutiles que des patients autrement en bonne santé subiraient pour faire un don, relate le Dr Porrett.

Malgré ces risques, plus de 80 femmes ont offert de faire don d’un utérus pour l’essai.

Le Dr Porrett évoque le manque de données pour observer une différence entre la transplantation d’un organe provenant d’un donneur vivant ou et celui d’un donneur décédé. Il faudra donc faire encore preuve de patience.

Le coût total de l’intervention est inconnu, a dit le Dr O’Neill, qui a ajouté que l’hôpital payait pour les cinq cas de l’essai.

On estime cependant que des procédures similaires coûteraient 60 000 $ au Royaume-Uni et plus de 200 000 $ au Baylor University Medical Center de Dallas, qui pratique également la procédure.

Le Dr O’Neill, qui a fait face a des propres problèmes d’infertilité, a déclaré que l’équipe avait réussi à transplanter un utérus sur une deuxième patiente, mais a refusé jusque là de fournir plus de détails.

L’expérience de Mme Gobrecht dans son combat pour tomber enceinte

En 2018, Mme Gobrecht a subi une intervention chirurgicale de 10 heures pour transférer l’utérus du donneur. Environ six mois plus tard, les médecins lui ont implanté le premier embryon, ce qui a finalement réussi.

“J’ai senti qu’il y a avait la vraie lueur d’un espoir”, a-t-elle dit en parlant de sa grossesse avec son fils, Benjamin.

“Sentir les petits coups de pied de Benjamin et voir toutes les échographies n’ont pas de prix pour moi”, dit-elle.

Mais il y avait aussi des choses difficiles à supporter. Mme Gobrecht a dû prendre des médicaments immunosuppresseurs et suivre un régime strict pour éviter que son corps ne rejette l’organe.

“Cela peut être beaucoup pour une personne”, a-t-elle confié.

Jennifer a avoué que dans son parcours, elle avait été inspirée et soutenue par de nombreuses femmes dans le même cas qu’elle, c’est-à-dire des femmes qui avaient subi l’intervention et qui voulaient aider à faire progresser la science pour les autres.

“J’espère que ce processus pourra être une autre option pour les couples qui espèrent avoir des enfants et qui n’ont pas nécessairement la possibilité de le faire de manière standard et naturelle”, a-t-elle déclaré.

 Mr. et Mme Gobrecht avec leur fils Benjamin

Après la naissance de Benjamin, les médecins ont retiré l’utérus de Mme Gobrecht.

Jeudi, son mari, Drew Gobrecht, a déclaré que le couple prenait particulièrement plaisir à changer les couches et à nourrir leur fils chez eux, loin de Philadelphie.

“Cette grossesse était un voyage étrange”, a-t-il dit. “Nous sommes donc heureux de vivre maintenant une routine presque normale que connaissent les jeunes parents.”